Canton Yakalag-Mouanko : le Camp culturel ATAN OSÚH veut réconcilier les enfants avec leurs racines Bakoko

Dans le Canton Yakalag-Mouanko, le Camp culturel ATAN OSÚH initie les enfants à la langue et aux traditions Bakoko. Le point avec Roland Diyouke.

PATRIMOINE

Guy Etom

8/17/20263 min read

Dans le Canton Yakalag-Mouanko, un camp culturel baptisé ATAN OSÚH initie les enfants à la langue Bakoko, aux danses, contes et savoir-faire traditionnels. Sa cérémonie de clôture s'est tenue le 15 août 2026, avant une participation annoncée au Mini Festival Mpoo de Yassoukou-Déhanè. Roland Diyouke, l'un des promoteurs du projet, revient sur sa genèse et ses ambitions.

Face au risque d'effacement progressif de la langue et des traditions Bakoko, des acteurs du Canton Yakalag-Mouanko ont mis sur pied le Camp culturel ATAN OSÚH. L'initiative propose aux enfants et aux jeunes un apprentissage pratique de leur patrimoine, plutôt qu'un simple discours sur celui-ci. Sa cérémonie de clôture, organisée le 15 août 2026, a permis aux participants de présenter au public ce qu'ils ont appris durant plusieurs semaines.

Un constat à l'origine du projet

Pour Roland Diyouke, l'un des promoteurs du camp, le point de départ est simple : sans mécanisme de transmission vers les jeunes générations, la langue, les traditions, les savoir-faire et la mémoire collective du peuple Bakoko risquent de s'affaiblir. « L'idée du Camp Culturel ATAN OSÚH part d'un constat simple : notre patrimoine culturel [...] risque progressivement de se perdre si nous ne mettons pas en place des mécanismes de transmission aux jeunes générations », explique-t-il.

L'ambition affichée est de créer un cadre où les enfants apprennent leur culture « en la pratiquant, plutôt qu'en se contentant d'en entendre parler ». Le nom du camp, ATAN OSÚH, traduit cette volonté de reconnecter les jeunes générations à leurs racines.

Une chaîne de transmission à plusieurs générations

Le projet ne s'adresse pas aux seuls enfants, même s'ils en constituent le cœur. Il mobilise aussi les parents, les chefs traditionnels et gardiens de la tradition, ainsi que les détenteurs de savoirs : conteurs, chanteurs, danseurs, artisans et cuisiniers traditionnels. Les artistes et encadreurs culturels, les associations engagées dans la promotion de la culture, et plus largement l'ensemble des fils et filles du Canton Yakalag-Mouanko, sont également associés à la démarche.

« L'objectif est justement de créer une chaîne de transmission où chaque génération a un rôle à jouer », résume Roland Diyouke.

Des activités concrètes, de la langue à l'artisanat

Sur le terrain, le camp se traduit par un programme varié : alphabétisation en langue Bakoko, chants et danses traditionnels, littérature orale, contes, musique, jeux traditionnels, cuisine traditionnelle et savoir-faire artisanaux. Les enfants y apprennent également à fabriquer des objets et à en comprendre la signification culturelle.

Au-delà de la cérémonie de clôture du 15 août, une autre échéance est annoncée : la participation des enfants au Mini Festival Mpoo, à Yassoukou-Déhanè du 19 au 22 août 2026. Ils y représenteront le Canton Yakalag-Mouanko, une occasion pour eux de porter ce patrimoine devant un public élargi.

Transmission, cohésion et potentiel économique

Pour les promoteurs, l'enjeu central reste celui de la transmission. « Une culture qui n'est pas transmise finit par s'affaiblir », souligne Roland Diyouke, qui insiste sur la nécessité de préserver la langue, les traditions, les expressions artistiques et les savoir-faire du Canton. Mais le projet ne se limite pas à la conservation du passé : il vise aussi à donner aux jeunes des repères pour construire leur avenir, afin qu'ils puissent, selon les mots du promoteur, « dire : je sais d'où je viens, je connais ma culture et je peux être fier de la porter ».

Le camp est aussi présenté comme un facteur de cohésion sociale, susceptible de rassembler familles, villages et générations autour d'une identité commune. Ses initiateurs y voient enfin un potentiel économique et touristique, à travers l'artisanat, la gastronomie, la musique, la danse, les langues et le patrimoine du peuple Bakoko.

Vers une plateforme permanente

Les promoteurs ne conçoivent pas ATAN OSÚH comme une action isolée. Ils envisagent de pérenniser le camp à travers de nouvelles éditions régulières, de développer un programme structuré d'apprentissage de la langue Bakoko, et de constituer une documentation sur les traditions, les contes, les chants et les savoir-faire locaux.

Le projet prévoit aussi la création d'un espace ou centre culturel dédié à la transmission du patrimoine, un accompagnement renforcé des jeunes artistes et artisans, ainsi que des activités culturelles et touristiques autour de ce patrimoine. Les initiateurs souhaitent également renforcer les échanges avec les autres communautés Bakoko et les autres composantes du peuple Mpoo, et permettre aux enfants de participer à davantage de manifestations culturelles aux échelles départementale, régionale et nationale.

À plus long terme, l'ambition affichée par les promoteurs est de faire d'ATAN OSÚH « un véritable outil de transmission intergénérationnelle et de rayonnement de la culture Bakoko ».