Festival du conte de Yaoundé : quand l’art de l’oralité réenchante la scène

L'oralité traditionnelle a retrouvé toute sa splendeur à l'occasion de l'ouverture de la première édition du Festival annuel du conte de Yaoundé (Facoy).

THÉATRE

Francky Onana

8/18/20262 min read

L'oralité traditionnelle a retrouvé toute sa splendeur à l'occasion de l'ouverture de la première édition du Festival annuel du conte de Yaoundé (Facoy). Accueilli au Centre Zingui, situé au cœur du quartier Ekoumdoum dans le 4e arrondissement de la capitale camerounaise, cet événement culturel inédit propose une véritable immersion dans l'univers des récits d'autrefois, revisités avec une sensibilité contemporaine.

Placée sous la thématique évocatrice : « Le conte traditionnel africain : entre héritage ancestral et réalités du monde actuel », cette manifestation culturelle de cinq jours s'affirme comme un espace privilégié d'échanges, d'apprentissage et de sauvegarde du patrimoine immatériel.

Un voyage visuel et sonore au cœur des traditions

Dès les premiers moments du festival, les visiteurs sont plongés dans une atmosphère captivante. Une exposition méticuleusement scénographiée met à l'honneur les éléments essentiels qui accompagnent le conteur dans son art. Les spectateurs peuvent y admirer des tenues de scène traditionnelles aux motifs symboliques, mais aussi une panoplie d'instruments de musique authentiques.

Parmi eux, les balafons et divers instruments à percussion occupent une place de choix. Loin d'être de simples objets décoratifs, ces instruments rythment la parole des conteurs, soulignent les tensions dramatiques des récits et créent une symbiose harmonieuse entre le texte, la musique et le public.

Une réflexion profonde sur l'avenir du récit oral

Au-delà de la dimension purement spectaculaire, le festival accorde une place centrale à la réflexion intellectuelle et artistique. Une conférence inaugurale a réuni plusieurs figures de la scène culturelle, notamment des auteurs, des dramaturges et des critiques d'art, à l'instar de David Noundji, Francis Beidi et Parfait Tabaptsi.

Au cours de ces échanges passionnants, les intervenants ont tenu à déconstruire une idée reçue tenace : le conte ne doit pas être perçu comme un simple vestige du passé ou une tradition folklorique figée, en effet, Francis souligne en précisant que "Le conte africain demeure vivant. Il s'adapte aux transformations tout en conservant sa fonction essentielle : transmettre du sens, de la mémoire, des valeurs" . Il s'agit au contraire d'un art vivant, dynamique et résolument moderne. Comme l'ont souligné les conférenciers, l'art du récit oral sait s'adapter aux transformations sociétales contemporaines tout en préservant sa mission originelle : transmettre de la sagesse, véhiculer des valeurs morales fondamentales et préserver la mémoire collective.

La transmission intergénérationnelle comme fil conducteur

À travers des ateliers, des représentations théâtrales et des cercles de narration, ce rassemblement artistique ambitionne de créer un pont entre les générations. En redonnant une tribune aux conteurs, le festival offre aux plus jeunes l'opportunité de renouer avec la richesse de la littérature orale, souvent éclipsée par les écrans et la culture numérique moderne.

Pendant plusieurs jours, la scène du Centre Zingui vibre ainsi au rythme des paroles ancestrales, prouvant que le conte africain demeure un puissant vecteur d'éducation, de cohésion sociale et de poésie du quotidien.